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Farida Sidahmetova: «L'AGE DE LA SAGESSE EST SI VITE VENU»

CE NOM qui se traduit de l'arabe comme « perle», je l'ai connu pour la premiere fois et tout de suite retenu il y a une vingtaine d'annees. Ce n'etait pas la finesse d'une phrase ou un seul vers reussi qui ont attire mon attention (ce qui, d'ailleurs, arrive souvent), mais tout un recueil des poesies de Farida Sidahmetova publie dans un journal. Le temps qui s'est ecoule depuis lors a fait du nom de Farida le symbole de la haute poesie, une poesie qui ne tolere pas l'hypocrisie, la feinte, l'emphase, l'amateurisme — des choses assez frequentes dans le monde litteraire actuel.

Chaque fois que je relis les vers de cette poetesse dotee du talent etonnant, aue ce soit premiers ou derniers, je pergois qu'ils se distinguent par les pensees mures, par la sagesse de interpretation esthetique des phenomenes complexes de ce monde versatile et je me souviens tout de suite des paroles du remarquable poete espagnole Garcia Lorca qui disait que « la vraie poesie, c'est l'amour, l'audace et le sacrifice ». Cette unite de trois majeurs composants de Sa Majeste la Poesie prend l'ampleur du concept dans les oeuvres de Farida et acquiert unfailliblement une importance particuliere pour laquelle chaque poete a sa propre forme d'expression. C'est facile de s'en assurer: il suffit d'ouvrir l'un des recueils de poemes de Farida, qui d'ailleurs, maitrise parfaitement le russe et le nogay, sa langue maternelle.

Evidemment, Farida Sidahmetova est un phenomene eminent et significatif dans le contexte de la litterature moderne. Et non seulement de la litterature nogay qui a de riches traditions datant de plusieurs siecles. Les origines de ces talents sont mises en evidence de fagon professionnelle et persuasive dans l'oeuvre du docteur es sciences philologiques professeur N. Sou'i'ounova « La Poesie Nogay du XX siecle ». En voila quelques citations: « La steppe nogay est la patrie de la poetesse, elle est son monde». Et ce monde est penetre par « le souffle de la steppe » qui est la concentration de « la poussiere de l'ete, du froid hivernal, du chagrin humide de l'automne», mais, en meme temps, c'est le monde de «la florison de la steppe, du mystere des feux qui appellent partir loin et qui ne mentiront jamais. C'est son clair espoir et sa juste memoire, c'est son appui, son havre et meme sa guerisseuse qui soulage ses douleurs avec les magiques tisanes ».

Le developpement du talent createur de la jeune Farida Sidahmetova a ete favorise par les traditions de l'ancienne ecole des narrateurs d'Achikoulak, son village natal. Sa grand-mere Avana a ete la plus celebre pleureuse improvisatrice qui interpretait les changons-lamentations traditionelles. Le peuple disait: « Elle est capable de faire pleurer une pierre ». Petite Farida a grandi dans le monde des legendes, des changons, des comptes de fees et tres jeune, elle a deja senti le besoin de s'exprimer. Elle se souvient de cette periode de sa vie: « Je partais tres loin dans les steppes, aussi loin de la maison que possible; je prenais mes crayons avec moi et du papier:
je voulais reproduire la steppe vernale, brillante, pleine de couleurs. Souvent j'ai ete chagrinee de ne pas trouver dans la boite les couleurs que je voyais dans la nature. ». C'est alors qu'elle a decide de recourir a la Parole ».

Aujourd'hui, en creant des petits chefs-d'oeuvre dans le cadre des traditions culturelles de son peuple, en appliquant du nouveau, qui, avant, n'etait pas propre a la litterature traditionnelle, Farida n'a pas peur d'etre mal comprise par les lecteurs, meme par ceux qui ont une perception raffinee de la parole. Ceci est base sur la comprehension de la tache supreme du poete populaire: refleter au maximum juste la philosophie et l'esprit de son epoque.

« L'age de sagesse est si vite venu. » — ecrit-elle dans une de ces dernieres poesies, en marquant ainsi une etape de sa vie et, en meme temps, de son activite creative. Pourtant, il me semble, on n'entend aucune saveur de regret dans ces paroles, c'est plutot la tentative de deviner une nouvelle direction a suivre dans le proche futur. D'apres Yunna Morits, eminente poetesse russe du XX siecle, la poesie est «l'element de la langue specifique » et le poete est la substance specifique de pensee poetique capable de contempler et dans cette contemplation, de demasquer l'essence profonde de l'existence dans n'importe quelle de ses manifestations.

Les meilleures poesies de Sidahmetova (d'ailleurs, en a-t-elle d'autres?) sont pergues comme le journal intime de son ame, une ame intelligente et fiere et laquelle ne peut pas et ne veut pas se gaspiller pour des vetilles ou etre insincere avec son lecteur. Si c'etait autrement, il n'y aurait pas cette tension dramatique dans ses vers, cette force enigmatique de persuasion propre aux poesies de Sidahmetova, qui intrigue et attire par son impevisibilite; il n'y aurait pas cette certitude dans la justesse et la puissance de la parole a laquelle elle a donne le jour dans le martyre de creation. En ce rapport, il serait utile de rappeler une verite bien connue: la sincerite assuree par le destin, la biographie spirituelle du poete est la nature du genre lyrique, bien que la sincerite, par elle-meme, ne garantisse pas, certainement, la valeur des vers. Tout depend de la richesse du monde interne du poete, de la profondeur de ses valeurs morales. C'est ainsi que la poesie de Farida Sidahmetova reflete le destin du poete, devolution de sa conception du monde.

La poesie de Farida Sidahmetova etonne par sa melodie; une serie de ses vers ont donne naissance aux belles romances interpretees par la fameuse chanteuse Zulfia Zagachtokova.

Loin en dehors de Karachai-Tcherkessie Farida est aussi connue comme interprete. Grace a ce talent, le lecteur russe a eu la possibility de comprendre et d'admirer les oeuvres des yirau nogays (chanteurs antiques) des XIV-XIX siecles, ainsi que le chef-d'oevre d'art epique nogay — le poeme hero'ique « Edigu ».

Une etape importante dans le destin creatif de la poetesse a ete marquee par la sortie en 2009 du recueil des poesies en langues nogay et russe « Menim douniam » (« Mon univers ») qui represente le synthese d'une longue periode de l'evolution professionnelle de Farida Sidahmetova, la periode de ses reflexions actives, des recherches et trouvailles.

Les oeuvres des dernieres annees qui sont offerts aujourd'hui a l'attention des lecteurs de la revue decouvrent les nouvelles faces du pouvoir creatif plein d'amour sincere et de reconnaissance envers les gens de sa terre natale qui est la source eternelle et inepuisable d'inspiration pour cette

«perle» de la poesie nogay contemporaine.

* * *

.La maison de mon enfance n'etait pas majestueuse,

Une vieille maison que mon pere a construite.

Avec les gens les plus aimes, j'y vivais heureuse,

Comme une princesse entouree de sa suite.

Venu le jour, elle m'a paru fragile et precaire,
Je suis partie en quete de plus jolis toits.
Je l'ai quittee sans regarder en arriere,
La porte gringa «Reviens!»

— J'etais deja loin.
Elle est restee.
Le regard aveugle des fenetres

Me suivait avec tristesse d'amie abandonee.

Mais je savais: si je reviendrais. un jour, peut-etre,

Je la trouverai m'attendre et toujours m'aimer.

Je tomberai au seuil franchi par mes ancetres,

Je caresserai ses mures couverts de rides

Et redonnerai l'eclat a ses anciennes fenetres.

Rien ne pourra nous attrister a ces instants lucides.

Au bout des annees, prisonnier des rives etrangeres,

Ou le luxe est froid comme la lumiere reflechie,

Je songe vainement de quitter ma crypte austere,

Je reviens chez moi.

La maison n'est plus la.

* * *

Sabres, lances et cuirasses,

Assaults et tintement des fleches.

Ou vous etes, pleins d'audace

Chevaliers des steppes.

Tresses, bagues et bracelets,

Pleurs des cordes et ballades.

Ou es-tu, bonheur nomade,

Dome celeste — un pour tous.

Chante-moi cette belle chanson

Des temps glorieux de

Edigu. Je reverrai les braves garcons

Peris dans les batailles aigues.

Soie ecarlate, echarpe vert,

Coupole de tente, bleue banniere,

La neige qui brule couverte de sang,

Une poignee de terre dans les mains.

* * *

Tout s'arrangera a son heure,

Les passions trouveront

l'accord Ou es-tu, le vrai bonheur

Et l'espoir d'aimer encore!

On ne peut pas brider le coeur,

Il ne supporte pas les chaines!

Qui a oublie la bride et renes

Sur le seuil de mon demeure?

Je sortirai a l'aube sur le perron,

Dans l'attente des pas sur la rosee -

Personne. Encore personne.

Seule la brise s'est empetre

dans mes cheveux.

Toujours les doutes,

les peurs et les passions! -

Une piece de vers —

a la derniere expiration.

Ou es-tu, le vrai bonheur,

Tu es ailleurs. tu aimes ailleurs.

* * *

Seigneur de l'Aube, je te supplie:
Protege-moi contre la calomnie,
Les sales bruits et les rafales de vent,
Contre l'hiver austere et incessant.
Contre les gens vilains et envieux,
Contre le mauvais reil qui creuse le dos.
Protege-moi et ma famille,
Les inconnus et les amis.
Ne prive pas de ton amour,
Redonnes de l'espoir a mes jours.
Avec la plus pure et claire douleur

Je te payerai ma chaque aurore.

* * *

Il y a du bien A tout age
Mais tout de meme —
Quel dommage! —
L'age mur,
L'age des sages
Est si vite venue.

L'age de la sagesse,
L'age mur, ultime age
Ne m'a pas rendu
Pourtant, plus sage.
Pourrai-je payer
Par ma tendresse
Pour tout le bien
Que tu m'as fait?

* * *

Separation, douleur, epuisement —

Mon fardeau est lourd.

Je continue mon vol, pourtant,

Vers la nassance du jour.

Je reviendrai dans ce pays

Ou le claire culte du feu

Chasse la nuit.

Ou commencent ma vie,

Ma lumiere, ma foi,

Ou ma mere apprend a ma

fille A prier pour moi.

Мухамед Накохов

By Mohamed Nakokhov

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